
Les peuples les plus anciens ne nous ont pas laissé de documents écrits. Seule l'archéologie peut témoigner de leur savoir en matière de vinification et du rôle social du vin dans ces cultures encore primitives. On ne sait donc pas grand-chose de la place occupée par le vin dans ces civilisations. Pour en savoir plus, le plus connu et l'un des plus anciens témoignages écrits qui nous soient parvenus du fond des âges, c'est la Bible.
La Bible célèbre beaucoup le vin. Un spécialiste a compté 650 références au vin dans le Livre saint. Dès la Genèse, Noé invente le vin pour fêter la fin du déluge. L'ivresse de Noé est le plus ancien récit d'une bonne cuite dans l'histoire de l'humanité. Les Hébreux étaient de vrais amateurs de vin. Toutefois, le vin ne semble pas avoir occupé une grande place dans leur liturgie. Sinon, que c'était l'une des nombreuses offrandes que le Juif pieux faisait au Temple.
Pour les Hébreux, le vin avait surtout une fonction ludique. Il était présent dans toutes les fêtes et le miracle de Cana (Jésus y fait son premier miracle, changer l'eau en vin) montre que depuis longtemps, l'on ne peut organiser une noce réussie sans que les invités aient l'occasion de lever généreusement leur verre à la santé de la mariée.
La Bible nous raconte aussi que le peuple élu de Dieu a bien souvent, dans son histoire tumultueuse, eu quelques démêlées avec ses voisins. Les plus connus de ceux-ci sont les Égyptiens et les Babyloniens qui réduisirent, chacun à leur tour, les Israélites en esclavage. C'est l'Exode en Égypte, puis l'Exode à Babylone.
Les Babyloniens connaissaient le vin depuis longtemps, vraisemblablement depuis le IIIe millénaire. Le déchiffrage récent des tablettes d'argile gravées en caractères cunéiformes, celles découvertes à Mari entre autres, révèlent que les anciens habitants de la Mésopotamie importaient la précieuse boisson du Caucase, une région qu’ils appelaient « la Montagne ».
Ces buveurs de bière n’avaient pas de nom pour le vin. Les tablettes de Mari le désignent simplement par l’expression « bière de la montagne ». Le vin coûtait très cher. Depuis le Caucase, il faisait un long voyage sur l’Euphrate. À chaque détour du fleuve, le roi local prélevait une taxe (déjà !). Arrivé à destination, son prix était exorbitant et seuls les grands seigneurs pouvaient s’en offrir. Le bon peuple resta donc fidèle à la bière locale.
Ce sont les Mésopotamiens qui ont fait connaître le vin aux Hébreux. N'oublions pas qu'Abraham, le patriarche, est né à Our en Chaldée, c'est-à-dire dans une ville sumérienne, donc babylonienne.
L’autre peuple à avoir eu quelques querelles avec les Hébreux, ce sont les Égyptiens. Les sept plaies d’Égypte ont laissé de bien mauvais souvenirs. Pharaon s’en est peut-être consolé en buvant un bon verre de vin de la vigne que son intendant cultivait pour lui dans le Delta du Nil. Des peintures du IIIe millénaire montrent que les Égyptiens, plus débrouillards que les Babyloniens, maîtrisaient eux-mêmes le processus de la vinification et n’avaient pas à importer le vin d’un lointain pays.
Les Égyptiens conservaient le vin dans des amphores scellées. Sur chacune, l’on inscrivait le vignoble d’origine du vin, l’année de la récolte et le nom de l’intendant du domaine. Les Égyptiens ont donc inventé les notions d’origine, de millésime et de producteur. Ils ont aussi eu l’idée d’une « étiquette » faisant connaître ces indications à ceux à qui était destiné le précieux contenu de l’amphore.
Les historiens disent cependant que les anciens Égyptiens n'étaient pas des amateurs de vin très convaincus. Comme les Babyloniens, ils préféraient de beaucoup la bière au vin. Ici encore, une question de prix, sans doute.
Les peuples de la Bible savaient donc faire fermenter le jus de raisin pour obtenir une boisson alcoolique. Cependant, la pauvreté des documents qui nous sont parvenus ne nous permet pas de connaître quel vin ils obtenaient ni comment ils le consommaient. De plus, dans ces civilisations, le vin semble n'avoir occupé qu'une fonction profane et ludique. Ni les Hébreux ni les Égyptiens ni les Babyloniens ne semblent avoir fait une place importante au vin dans leurs rites religieux.