
La direction de la Société des alcools du Québec (SAQ) a modifié le 15 juillet sa politique de retour de bouteilles défectueuses.
Certains défauts ne seront plus acceptés et des vérifications seront faites en succursale pour s’assurer du type de défaut.
Dans sa nouvelle politique d’échange et de remboursement, la société d’État écrit que certains défauts de fabrication ne seront plus remboursés. Elle écrit que :
«Défaut de fabrication :
Une demande de retour pour ces critères sera refusée :
Plusieurs vins possèdent naturellement des propriétés oxydatives, un aspect trouble ou de dépôt. » Et que « Certains possèdent une couleur tuilée ou des arômes naturels de réduction ou tertiaires de champignons, de sous-bois, d’eucalyptus, de truffes, de feuilles mortes, de vanille ou cacao, de tabac, ou une légère effervescence à l’ouverture de la bouteille. »

Les odeurs de la nature
La SAQ fait visiblement ici référence aux vins dits nature peu protégés et qui peuvent s’oxyder rapidement, avoir des odeurs désagréables dites de réduction ou repartent en fermentation en produisant des bulles.
Ces vins, la SAQ refusera de les rembourser.
Il est un fait qu’un bon nombre de vins nature, particulièrement les rouges, ne voyagent pas très bien et arrivent ici contaminés par les levures encore vivaces dans la bouteille. Des levures de type Brettanomyces ou autres.
Normalement, il ne devrait pas y avoir de problème avec ces vins nature si la chaine de froid (14 degrés et moins) était respectée. Mais ce n’est pas le cas dans le transport en camion, dans l’entrepôt et dans les succursales de la SAQ. Ces vins devraient être au frigo.
Pour ce qui est des vins de type oxydatif, ils sont très rares et proviennent surtout de la Rioja et du Jura. Autrement, si le vin est oxydé, c’est un défaut et il devrait être remboursé.
De bons défauts et de mauvais défauts
La SAQ mentionne les défauts qui seront acceptés aux remboursements.
« Défauts de fabrication acceptés :
Bouchonné.
Oxydé malgré son jeune âge (sauf exception prévue au point précédent). »
Donc, à la SAQ il y aura des défauts de fabrication acceptés et d’autres qui ne seront plus acceptés!
Qui va gouter ?
La SAQ insiste pour préciser que « La facture n’est pas obligatoire, mais le produit fera l’objet d’une évaluation en succursale. »
J’ai bien hâte de voir comment ils vont faire cela en succursale. Est-ce que l’employé va sentir le vin? Le mirer ? Le gouter?
De plus, la SAQ ajoute qu’elle pourrait sévir.
« La SAQ se réserve le droit : D’acheminer le.s produit.s au laboratoire pour analyse avant de conclure le retour. De refuser un retour qu’elle soupçonne frauduleux. De retirer des points sur le compte SAQ Inspire en cas d’abus ou de retours inappropriés par un client. »
Qu’est-ce qu’un vin nature ?
Il n’y a pas de définition officielle du vin nature. Disons que c’est à minima un vin fait le plus naturellement possible. C’est le producteur qui décide si son vin sera dit nature ou pas. En général, le producteur utilise le moins de soufre possible. Donc, le vin est moins bien protégé de l’oxydation, des bactéries et des levures indésirables (Brett). Ce qui peut être désastreux en cas de long voyage. Ces vins doivent être conservés en tout temps à 14 Celsius ou moins. Ce qui n’est pas le cas à la SAQ. .
Les principaux défauts des vins nature sont la présence d’odeur de sueurs, d’écurie. Puis des saveurs qui sont souvent fades, aigres et bien amères. Certains émules de ce genre de produit appellent cela le « gout fermier ».
La SAQ a nettement augmenté son offre de vins nature au cours des dernières années. Ils sont maintenant au nombre de 1088 sur les 8000 vins au répertoire. Ils étaient 40 en 2020. Fait à noter, 40 % d’entre eux ne sont même pas bios. Plus de la moitié (558) proviennent de France.
Voir notre article à ce sujet. www.vinquebec.com/le_vin_nature/
Il n’y a pas que les vins nature qui ont des défauts, de mauvaises odeurs et de mauvais gouts. Plusieurs vins bios sont aussi peu protégées contre les bactéries, levures et oxydation. Voir notre liste de mauvais vins.
Brettanomyces
Communément appelé brett, des levures (champignons) qui donnent une odeur d’écurie, de ferme, de médicament, de caoutchouc brulé au vin. On en retrouve de plus en plus à cause du réchauffement climatique et de la diminution des quantités de soufre utilisées pour protéger le vin. Ces odeurs animales (éthylphénol) masquent le fruit. Voir aussi nos articles Brett ou pas et Les odeurs d’écurie dans le vin.
Dur pour l’industrie du vin nature
Cette nouvelle politique de non-remboursement des vins nature défectueux pourrait avoir un effet néfaste pour ce secteur des vins nature. Les consommateurs seront plus craintifs d’acheter ces vins « vivants », qu’ils ne pourront pas retourner. Même s’il y a des vins nature qui tournent mal, il y en a plusieurs autres qui sont très bons, voir notre section des vins nature.
Retour bouché
D’autre part, la SAQ va exiger une facture pour le retour de bouteilles non ouvertes dont la facture date de 30 jours ou moins.
Disons en terminant que la direction de la SAQ ne donne aucun chiffre, aucune donnée, aucun élément permettant de justifier ces changements de politique de retour de produit.
Voir l’entrevue à TVA au sujet de cette nouvelle politique de la SAQ.
Écoutez l’entrevue à ce sujet à radio Saguenay (95,7 KYK).
Vous trouverez la nouvelle politique de la SAQ en suivant ce lien… https://saqblobmktg.blob.core.windows.net/documents/MAJ%20SAQ.com%20_Mai%202025VPDF.pdf
La société des alcools de l’Ontario (LCBO) a aussi modifié sa politique de retour de bouteilles (voir ici).
Voir la définition du vin nature.
Voir la section des vins nature.